Avis | Gone baby gone

Gone baby gone – Denis Lehane

533 pages

« Patrick Kenzie et Angela Gennaro, les deux héros de Dennis Lehane, sont chargés de retrouver une petite fille de quatre ans, Amanda, mystérieusement disparue un soir d’automne. Curieusement, la mère d’Amanda paraît peu concernée par ce qui est arrivé à sa fille, qu’elle avait laissée seule le soir du drame pour aller dans un bar.
Sa vie semble régie par la télévision, l’alcool et la drogue. Patrick et Angie découvrent d’ailleurs que la jeune femme travaillait pour le compte d’un dénommé Cheddar Olamon et qu’elle aurait détourné les deux cent mille dollars de sa dernière livraison. Olamon se serait-il vengé en kidnappant la fille de son « employée » ? »

Je connaissais déjà cet auteur pour son livre Shutter Island que j’avais d’ailleurs adoré (je l’adore toujours autant et c’est sans conteste l’un de mes livres favoris). Cette fois-ci Denis Lehane nous propose une lecture des plus sombres qui fait réfléchir. Ce roman traite de kidnapping et de pédophilie dans une atmosphère qui fait parfois froid dans le dos. Gone baby gone est une œuvre remplie de noirceur en grande partie dénuée d’humour ce qui ne laisse pas d’échappatoire au lecteur, plongé dans cette société américaine dépeinte comme répugnante. Le style d’écriture faussement simple nous transporte dans ce monde à la fois proche et éloigné du nôtre.

Les personnages sont complexes mais attachants. Angela et Patrick, bien que différents, forment un duo complémentaire, forgé et liés par les enquêtes auxquelles ils ont du faire face ensemble. Helene McReady, la mère d’Amanda, possède également une psychologie intéressante. Alcoolique, droguée et négligente elle m’a d’abord dégoûtée puis j’ai petit à petit ressenti de la peine et de la pitié à son égard en dépit des sentiments négatifs qu’elle inspire.

Comme à son habitude Denis Lehane nous propose un ending qui nous laisse dans les brumes. La fin constitue en effet un véritable dilemme pour Patrick Kenzie et Angela Gennaro, les deux personnages principaux, mais également pour le lecteur. Sans vous spoiler, les dernières pages nous poussent à la réflexion sur le bien et le mal et nous nous demandons ce que nous ferions dans une telle situation. Un réel problème moral se pose à notre conscience.

En bref j’ai vraiment apprécié cette lecture malgré sa noirceur omniprésente. Même si au départ j’ai eu un peu de mal à me plonger dans le livre constellé de longues descriptions, je garde en tête uniquement l’histoire en elle-même et les dilemmes qu’elle soulève.

 

Gone baby gone a été adapté au cinéma. Je ne l’ai encore jamais vu (ma liste de films à voir étant pleine à craquer) mais je sortirai certainement une critique dessus lorsque ce sera fait. Je vous invite tout de même d’abord à découvrir le livre avant de le regarder sur votre écran.

voir le trailer

E X T R A I T S

« Ces quatre dernières années, j’avais abattu deux hommes. J’avais assisté en spectateur impuissant à la mort de mon plus vieil ami et d’une femme que je connaissais à peine. J’avais vu des bambins bafoués de toutes les manières possibles, rencontré des hommes et des femmes pour qui tuer s’apparentait à une sorte de réflexe, noué des liens qui n’avaient pas résisté à l’atmosphère de violence dont je savais si bien m’entourer.
Et j’en avais assez. »

« Pour moi, ce qui nous distingue des animaux, c’est la possibilité de choisir. Une bête est incapable de maîtriser ses appétits. Contrairement à l’homme. Mon père, en certains moments effroyables, était un animal. »

« C’est ainsi que ça se passe. Lorsqu’une femme possédant intelligence, fierté et beauté entre dans un endroit tel que celui-là, elle offre aux hommes présents un aperçu de tout ce qu’ils n’ont jamais eu et n’auront jamais. Ils sont alors obligés d’affronter les failles en eux qui les ont conduits jusqu’à ce rade sordide. Haine, jalousie et regret déferlent tout d’un coup dans leurs cerveaux atrophiés, et ils décident de faire payer cette femme – de lui faire payer son intelligence, sa beauté et surtout sa fierté. Ils veulent se venger d’elle, la clouer au comptoir, cracher leur venin et vomir leur rancœur sur elle. »

« Mais le monde, ce n’est pas ça. Le monde, c’est la dureté du ciment et le tranchant du silex. Le monde est peuplé de monstres qui ont été un jour des bébés, des zygotes dans le ventre maternel, qui sont nés d’une femme grâce à ce seul miracle encore existant au vingtième siècle – et qui sont arrivés dans la vie furieux, ou pervers, ou appelés à le devenir. Combien d’amants comme nous avaient reposé dans des cocons semblables, sur des couches semblables, en proie à des émotions semblables ? Combien de monstres avaient-ils engendré ? Et combien de victimes ceux-ci avaient-ils fait ? »

« Après avoir contemplé cette mère et son enfant en train de jouer dans les flots orangés, Dalton Voy est alors frappé par une révélation d’une froide simplicité : de toute sa vie, personne ne l’a jamais aimé ainsi, ne serait-ce qu’une seconde.
Un amour pareil ? Bonté divine ! Une telle perfection, c’en est presque criminel. »

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