Avis | Putain

Putain – Nelly Arcan

211 pages

« Enfermée dans une chambre d’où elle voit venir à elle la foule des hommes, une jeune femme, promise à qui possède assez de dollars dans sa poche pour se croire élu, transcrit entre deux clients les incantations qui la maintiennent encore en vie. S’élève alors un chant de jouissance et de mort scandaleusement intime et qui pourtant recèle quelque chose d’archaïque et d’envahissant, voire d’universel. Un livre incestueux, fantasmatique et obsessionnel, qui est autant une mise à nu, un cri, qu’un exorcisme. »

J’ai dû lire ce livre dans le cadre de ma licence pour mes cours de littérature francophone avec la mineure lettres. Je suis assez mitigée.

Nelly Arcan s’est prostituée alors qu’elle était étudiante. Cette prostitution constitue pour moi les préliminaires de son suicide. Elle détruit son corps en l’exposant à des inconnus puis décidera de mettre un terme à sa vie. Son histoire est à la fois remarquable et malheureuse.

Nelly Arcan nous livre dans cet écrit un véritable récit de vie. Elle partage ses idées, ses interrogations, ses réflexions et les parallélismes qui lui viennent à l’esprit. Le tout est évidemment un peu fouillis, à l’image des pensées qui peuvent envahir notre esprit. Nelly Arcan parle d’assimilation. Cela ne m’a guère dérangé. Au contraire même, j’ai bien aimé. Cela constitue pour moi une innovation dans la forme (la plupart du temps les écrivains veulent à tout prix que leur récit soit logique et suive une certaine continuité) et permet aux lecteurs d’entrer dans l’intimité de Nelly, de partager ses pensées les plus profondes et peut-être, le temps d’un instant, de la comprendre.

Certains passages sont vraiment bien écrits. Certaines phrases sortent du lot, se détachent du reste. J’ai trouvé quelques passages très touchants et d’autres encore très poétiques. Le livre est parsemé de jolies phrases qui ont rendues ma lecture plus agréable. Un peu comme un petit bonbon caché entre les lignes, au milieu d’une page. (Bon, je n’aime pas les bonbons mais tu comprends la métaphore non?)

En revanche, certaines choses sont vraiment très crues. Trop crues pour moi. Mais je suppose que c’est un choix stylistique ayant pour but de rendre compte du métier de prostituée, métier brut de décoffrage et très dur. Sans entrer dans les détails, j’ai également trouvé certaines idées très dérangeantes.

La ponctuation, ou plutôt l’absence quasi totale de ponctuation, m’a elle aussi posé un réel problème. L’histoire est racontée d’une traite (ou presque) comme si Nelly Arcan nous la délivrait en un seul souffle. Comme si elle se dépêchait de partager ce récit, de s’en débarrasser. Comme si sa vie en dépendait. Les longues phrases sont à l’image des versets bibliques. Elle a sûrement un but symbolique mais honnêtement j’ai eu beaucoup de mal avec ça au cours de ma lecture.

Petite parenthèse coup de gueule : Je trouve cela absolument révoltant, indécent et irrespectueux de la part des éditeurs Points d’avoir choisi une couverture aguicheuse (une femme dont la main (ou la main de quelqu’un d’autre mais là n’est pas la question) glisse dans sa culotte en dentelle). On parle quand même d’une femme en partie détruite par sa profession et qui s’est suicidée. Ce serait vraiment cool de ne pas faire de business sur le dos d’une femme qui a tant souffert.

E X T R A I T S

« On finit tous par mourir de la discordance de nos amours. »

« de toute façon ils ne remarquent l’obésité que chez les femmes, eux peuvent être tout ce qu’ils veulent, médiocres et flasques, à demi bandés, alors que chez les femmes c’est impardonnable, le le flasque et les rides, c’est proprement indécent, il ne faut pas oublier que c’est le corps qui fait la femme, la putain en témoigne, elle prend le flambeau de toutes celles qui sont trop vieilles, trop moches, elle met son corps à la place de celles »

« Mais une femme n’est jamais une femme que comparée à une autre, une femme parmi d’autres. »

« D’ailleurs ma mère ne s’est jamais donné la mort, et pourquoi je n’en sais rien, sans doute parce qu’il faut de la force pour se tailler les veines, parce que pour se tuer il faut d’abord être vivant. »

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