Avis | Chanson douce

Chanson douce – Leila Slimani

227 pages

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« Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.. »

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Les premières pages sont fortes et m’ont tout de suite plongée dans l‘ambiance sombre du roman. Deux enfants sont assassinés et baignent dans leur sang. La nourrice hurle, la mère rentre tranquillement de sa journée, les bambins ne sont plus. Mais comment a-t-on pu arriver à un tel drame ?

L’inhabituelle idée de débuter le récit par ledit drame m’a plu. Cet événement instaure dès les premières lignes une ambiance haletante et angoissante qui m’a de suite happée en dépit de quelques réticences. Je me suis en effet demandé si j’allais continuer la lecture, si j’avais le cœur assez bien accroché. Mais le glauque disparaît rapidement. Ce tragique événement s’efface discrètement pour laisser place à un récit de la vie quotidienne. Un couple cherche une nounou à qui accorder sa confiance et ses deux enfants.

J’ai eu un coup de cœur pour la plume à la fois poétique et incisive de Leila Slimani. J’ai relevé de très nombreux passages relativement bien écrits, mon surligneur à la main. L’intrigue est quant à elle originale et fait froid dans le dos. La montée progressive de l’horreur est décrite avec brio. Le malaise planant s’accentue sinueusement, malicieusement, dangereusement. La psychologie de l’entièreté des personnages est magistralement bien détaillée (ce dont je suis particulièrement friande) et reflète la complexité des sentiments qui nous habitent. Le soulagement de la mère d’avoir enfin trouvé une nounou, son anxiété mais à la fois son espoir, son envie de retravailler.. puis son agacement pour cette inconnue qui prend trop de place dans sa vie, son irritation, sa jalousie naissante, son anxiété et enfin la peur infligée par cette employée forment un magnifique crescendo, un cocktail d’émotions pour le moins détonant. Les pensées des personnages m’ont réellement atteinte. Je les ai comprises, je les ai senties. J’ai vécu l’histoire en même temps que les personnages. L’angoisse a traversé l’ouvrage pour me souffler son haleine au visage. J’ai tourné les pages avec crainte, avec effroi mais aussi avec hâte tant le suspens et l’addiction étaient forts.

J’ai eu besoin de temps pour reprendre mes esprits une fois ma lecture terminée. Elle était dure, poignante, bouleversante mais indubitablement incroyable et incroyablement plausible et je sais d’ores et déjà que je vais la garder en esprit. Chanson douce constitue pour moi un roman à lire absolument -si tu n’es ni enceinte, ni à la recherche d’une nounou. Je me le procurerai en format poche dès que j’en aurai l’occasion afin d’avoir ce coup de cœur près de moi et de l’afficher fièrement dans ma bibliothèque.

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 E X T R A I T S

« On se sent seul auprès des enfants. Ils se fichent des contours de notre monde. Ils en devinent la dureté, la noirceur mais ne veulent rien savoir. »

« Toute sa vie, elle avait eu l’impression de gêner. Sa présence dérangeait Jacques, ses rires réveillaient les enfants que Louise gardait. Ses grosses cuisses, son profil lourd s’écrasaient contre le mur, dans le couloir étroit, pour laisser passer les autres. Elle craignait de bloquer le passage, de se faire bousculer, d’encombrer une chaise dont quelqu’un d’autre voudrait. Quand elle parlait, elle s’exprimait mal. Elle riait et on s’en offensait, si innocent que fût son rire. Elle avait fini par développer un don pour l’invisible et logiquement, sans éclats, sans prévenir, comme si elle y était évidemment destinée, elle avait disparu. »

« On lui a toujours dit que les enfants n’étaient qu’un bonheur éphémère, une vision furtive, une impatience. Une éternelle métamorphose. »

« Les habits de père lui semblait à la fois trop grands et trop tristes… Il avait envie, parfois, d’être enfant avec eux, de se mettre à leur hauteur, de fondre dans l’enfance. »

« Nous ne serons heureux, se dit-elle alors, que lorsque nous n’aurons plus besoin les uns des autres. Quand nous pourrons vivre une vie à nous, une vie qui nous appartienne, qui ne regarde pas les autres. Quand nous serons libres. »

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