Avis | L’apprenti assassin

L’apprenti assassin (t1 de L’assassin royal) – Robin Hobb

664 pages

« Au royaume des six Duchés, le prince Chevalerie, de la famille régnante des Loinvoyant – par tradition, le nom des seigneurs doit modeler leur caractère- décide de renoncer à son ambition de devenir roi-servant en apprenant l’existence de Fitz, son fils illégitime. Le jeune bâtard grandit à Castelcerf, sous l’égide du maître d’écurie Burrich. Mais le roi Subtil impose bientôt que Fitz reçoive, malgré sa condition, une éducation princière. L’enfant découvrira vite que le véritable dessein du monarque est autre : faire de lui un assassin royal. Et tandis que les attaques des pirates rouges mettent en péril la contrée, Fitz va constater à chaque instant que sa vie ne tient qu’à un fil : celui de sa lame… »

La saga de l’Assassin Royal est reconnue par beaucoup comme étant un chef d’oeuvre de la fantasy. Pourtant, je ne m’y étais jamais frottée. J’ai eu tort car en ouvrant ces pages grâce à une lecture commune avec mon cher et tendre, j’ai découvert un joli chef d’œuvre.

Fitz, fils illégitime de Chevalerie, est engagé à Castelcerf comme homme-lige et assassin du roi Subtil. L’assassin royal est un diplomate. Ce titre ne signifie pas tuer sans réfléchir. En réalité, sa mission est de permettre une évolution bénéfique au royaume. L’assassin ne doit tuer que si nécessaire. Il peut par exemple influencer sa cible pour favoriser la diplomatie ou bien faire pression sur lui sans pour autant l’assassiner. Cependant, parfois l’assassinat est la seule option. Ainsi l’héritier évitera de reproduire les erreurs de son prédécesseur… Mais être l’assassin royal signifie également être constamment en danger. La moindre erreur peut être fatale, il suffit de goûter la pâtisserie de trop… Il s’agit sans aucun doute du métier le plus difficile et le plus dangereux. L’assassin n’est qu’un pion sur l’échiquier royal, puissant et utile certes, mais tout autant sacrifiable.

Ce récit narré par le protagoniste nous raconte son histoire : celle de l’enfance de Fitz, bâtard de l’héritier du trône des Six Duchés. Tout de suite, j’ai ressenti de la compassion pour lui. Enfant rejeté, il ne cessera de grandir et de s’endurcir à travers des épreuves difficiles et douloureuses. Dans ce monde d’adultes, il ne trouvera de la chaleur qu’auprès des animaux dont s’occupe l’impressionnant Burrich, maître des écuries du château, qui deviendra pour lui comme un père adoptif. Après sa rencontre avec le roi, Fitz sera choisi dans le secret le plus total pour se former au métier d’assassin. Dans ce premier tome, nous suivrons son initiation à ce métier de faux-semblants dans une société qui l’est tout autant.

Le récit est parsemé de descriptions des Duchés et de leurs dirigeants. Le roman fourmille de tant d’éléments historiques qu’il est difficile de tous les mémoriser. Ces éléments démontrent l’incroyable imagination de l’auteure qui inscrit son univers dans un cadre historique concret et crédible. L’Assassin Royal est d’une richesse sans pareille et son Histoire est une preuve de sa complexité et, par extension, de son écriture de qualité.

Les descriptions des premières pages m’ont effrayée de par leur longueur mais elles ont rapidement laissé place à un rythme haletant engendré par les péripéties de Fitz et du royaume tout entier. Mon monsieur (avec qui j’ai partagé cette lecture) fut surpris d’enchaîner aussi vite les chapitres sans jamais les voir passer.

Les personnages sont quant à eux nombreux mais tous travaillés. Leur psychologie et leurs relations ne sont pas laissées de côté au profit de cet univers d’une richesse incroyable. Leurs évolutions reflètent celle du royaume. Les personnages ne sont pas manichéens et évoluent tous à leur rythme. Les animaux ont eux aussi leur importance. La relation que Fitz entretient avec Fouinot est d’ailleurs d’une sincérité bouleversante tout comme les évènements qui en découlent et la découverte du Vif. Burrich m’a tout de suite plu et le mystérieux Umbre peut-être plus encore. J’ai aimé l’ambivalence des sentiments de Burrich ainsi que son côté bourru. J’ai adoré la grande solitude d’Umbre dont l’existence fantomatique se fonde dans les murs du château, son ingéniosité et sa complicité naissante avec le héros. En effet Umbre, en plus de devenir son mentor, va nourrir une amitié unique avec son disciple. A contrario, j’ai haï Galen, son narcissisme, son ambition presque obsessionnelle, sa vanité et la tyrannie qui suinte de ses leçons.

Si certains évènements sont facilement anticipables, d’autres surviennent soudainement à l’image d’un poison foudroyant. Cela ne m’a pas empêchée de refermer le livre le sourire aux lèvres, touchée par les dernières lignes et heureuse d’avoir plongé dans cette saga.

Pour conclure, L’Assassin Royal est une œuvre majeure de la fantasy moderne. Cependant ce livre est plutôt difficile d’accès et je ne le recommande qu’aux personnes appréciant ce genre d’univers. Aussi, le seul conseil que je peux vous donner est de vous y aventurer lorsque vous en ressentirez l’envie. Si ma chronique a attisé votre curiosité, n’hésitez plus et joignez-vous à l’épopée de Fitz, l’Assassin Royal.

Chronique rédigée avec l'immense soutien de mon monsieur pour me redonner confiance en l’écriture (merci)

E X T R A I T S

« Nous nous fabriquons souvent nous-mêmes nos propres prisons. Mais on peut aussi créer sa propre liberté. »

« Umbre m’interrompit d’une voix douce : « Mon garçon, ne cherche jamais à te croire autre chose que ce que tu es, tout comme moi : un assassin. Nous ne sommes pas les agents miséricordieux d’un roi plein de sagesse, mais des assassins politiques qui donnent la mort pour permettre à notre monarchie de se maintenir. Voilà ce que nous sommes. »

« Ne fais jamais ce que tu ne peux défaire avant d’avoir réfléchi à ce que tu ne pourras plus faire une fois que tu l’auras fait. »

« À quoi bon une petite vie qui ne change rien à la grande vie du monde ? Je ne conçois rien de plus triste. Pourquoi une mère ne se dirait-elle pas : Si j’élève bien cet enfant, si je l’aime, si je l’entoure d’affection, il mènera une existence où il dispensera le bonheur autour de lui, et ainsi j’aurais changé le monde ? Pourquoi le fermier qui plante une graine ne déclarerait-il pas à son voisin : Cette graine que je plante nourrira quelqu’un, et c’est ainsi que je change le monde aujourd’hui ? […] C’est la vie. Et nul ne peut se permettre de ne pas y penser La moindre créature doit en avoir conscience, songer au moindre battement de son cœur. Sinon, à quoi sert-il de se lever chaque matin ? »

« Tout l’art de la diplomatie, c’est de connaître plus de secrets sur votre rival qu’il n’en connaît sur vous. Toujours traiter en position de pouvoir. »

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